Karl-Heinz DIEGNER

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PIERRE DE FEMME
Si j’inventais ‘ pierre de femme ’ comme il existe ‘ pierre de lune ’, quel minéral baptiserais-je ainsi ? Deux candidatures : celle de la stéatite et de l’albâtre - les matériaux préférés de Karl-Heinz Diegner. Tous deux possèdent la douceur charnelle d’un corps.
Le sculpteur penche, je crois, vers la stéatite ; je reste incertain ; ces dos, ces jambes, imaginés, reconstitués à parti d’une courbe, d’un songe, appellent à la caresse : on dirait d’odalisques à l’ombre rose d’un harem.
Autrefois on appelait la stéatite ’craie de Briançon’, on se servait d’elle pour fabriquer des pastels. Une pierre qui écrit, recrée le joli teint des Quentin La Tour, résiste au feu et trouble l’homme : qui dit mieux ?
‘Changer la vie’ ! rêvait Rimbaud. Beau cri, mais rares sont ceux qui le poussent. Diegner, lui, a joué double vie. Né dans l’Allemagne en guerre, ingénieur, expatrié en France et au Brésil. Il est arrivé au moment de son âge ou sa seconde vie l’attendait : la voilà ‘incarnée’ - oserai-je dire, tant cette pierre s’est faite chair, dans trente pièces qui irradient désir, tendresse, émotion secrète.

François Nourissier, écrivain - membre de l'Académie Goncourt et Grand prix du roman de l'Académie Française 1965


VIBRATIONS
Karl- Heinz Diegner sait reconnaitre au cœur de l’albâtre ou de la stéatite, les vibrations de la vie. Vibrations qu’il va nous offrir dans la rencontre des courbes, dans les effleurements et les jeux de lumière proposés par les formes qui semblent à peine esquissées et qui sont cependant si achevées. Il y a dans ses sculptures le souffle ardent d’une émotion depuis longtemps retenue. Nous le savons, une sculpture est vivante quand elle appelle nos doigts pour la caresser.
Une sculpture est présente, quand elle rayonne au-delà de sa forme et modèle l’espace autour d’elle pour en faire un horizon qui nous prolonge. Une sculpture est aimée quand elle nous donne envie de la protéger des risques du temps.
Telles sont les pièces présentées par ce sculpteur, artiste secret dont l’intériorité s’exprime, se crie aussi dans la fluidité et la rigueur des lignes, des masses et des volumes. J’aime en lui la violence apaisée, l’acuité fervente du regard, la chaleur retenue et aussi, il me pardonnera cette expression, la féminitude acceptée, à fleur de cœur.
Si j’avais à donner un nom à ses expositions, ce serait «Invitation aux rêves». Car Karl-Heinz Diegner nous fait le plus beau des cadeaux, celui d ’éblouir un peu notre réalité avec des rêves accessibles.

Jacques Salomé, écrivain. Roussillon, août 2008


ENTRE LES FORMES
Toute tentative de discerner ce qui dans une œuvre procède du figuratif ou de l’abstraction est vaine recherche. «Tout est abstraction ou figuré et l’art n’est grand que si la présence vivante du créateur s’impose»; cette assertion de Nicolas de Staël s’applique parfaitement à la sculpture de Karl- Heinz Diegner. Certes, le corps féminin est sa première source d’inspiration, mais c’est moins le corps qui l’intéresse que ce qu’il suggère, ce qu’il suscite en nous : admiration, attirance, émotion, désir, tendresse, peur… ? Ce n’est pas le corps féminin qui l’obsède mais la féminité ; ou, plus encore peut-être, la sensualité. Et qui y a-t-il de moins figuré que la sensualité, d’ailleurs aucune des sculptures n’a de visage ; il nous en dirait trop ? Sous son regard perçant et appliqué et sous ses mains complices, ces corps prosternés se relèvent, ces bustes assoupis se galbent, ces hanches arrondies se livrent. En les effleurant, il les sublime. En les empoignant, il les révèle.

ENTRE LES LIGNES
C’est généralement aux écrivains que l’on accorde une lecture sous-jacente de leur oeuvre, pour découvrir ce que les mots n’ont pas totalement révélé ; parfois l’essentiel. Là encore, il m’apparaît que cette lecture «entre les lignes» est précisément adaptée aux sculptures de Karl-Heinz. Arêtes acérées et courbes alléchantes ne nous livrent pas immédiatement leurs secrets : dans le pas de deux que leur accorde la lumière, et selon les humeurs vagabondes de celle-ci, des formes insoupçonnées apparaissent, des volumes improbables se manifestent, des mouvements imprévus se mettent en marche… Ephémères mais enrichissantes révélations. Autrement dit, un seul regard ne peut envelopper une sculpture de Karl-Heinz Diegner ; il faut sans cesse sur le sujet reposer ses yeux ; il faut la revisiter plusieurs fois, sous différents angles.

ENTRE LES DOIGTS
Ses sculptures invitent au toucher, à la caresse, à l’intimité. Pétri dans la pierre, l’albâtre, la stéatite ou
le bronze, chaque grain de peau est différent, chaque réaction sous nos doigts est unique, chaque frémissement est porteur de fable. Le regard aigu et les mains talentueuses de Karl-Heinz Diegner leur ont donné naissance ; c’est sous les nôtres qu’elles prennent vie. Tout acte créateur est don. Celui de Karl-Heinz, particulièrement : avec ses formes épurées, parfois jusqu’à l’abstraction, il nous livre les contours de notre propre imaginaire.
Entre le corps qu’il a visualisé, et celui que nous voyons, il y a l’espace infini de la représentation et du rêve ; il y a l’imperceptible frontière entre ses secrètes fascinations et nos propres obsessions ; entre les langueurs de la vie et les étendues de l’éternité.

Jacques Olivier Durand, ex-directeur de Théâtre et écrivain. Nîmes, novembre 2009