Encres, dessins, photographies

Michel MONTEAUX
Du 18/05/17 au 03/06/17

En photographiant de par le monde conflits et faits de société, la relation complexe de l’homme à son environnement s’est tissée dans mon esprit, jusqu’à se transformer en un questionnement. La montée en puissance des crises montre à quel point nous avons perdu la mesure des choses. Pour la première fois dans l'histoire, l’humanité dans sa globalité pose la question de son devenir. Les avancées scientifiques et technologiques déstabilisent croyances et modes de vie et agitent notre capacité d’adaptation. Devenu mot d’ordre, l’urgence constitue un obstacle à choisir un avenir serein.
Ce vertige nous renvoie à notre question existentielle. Quels seront nos choix individuels et collectifs demain? La réponse encore incertaine, exige recul et calme avant de pouvoir se formuler.
C’est avec la photographie et le dessin que j’explore ce moment de latence. L’ensemble de mon travail se présente sous la forme d’un balancier dont les 2 plateaux seraient la Faille et l’Éffondrement et dont l’axe serait la Latence. La Faille apparaît nécessairement dans toute organisation qui évolue. Elle la prévient de la nécessité vitale à se réguler pour ne pas s’autodétruire.
L’Effondrement est une catastrophe salutaire. Il nous replace à la mesure de notre existence, et provoque des choix conscients.
Entre la Faille et l’Effondrement, la Latence revendique le temps de respirer. Instant fondamental où le conscient et l’inconscient dialoguent en plein éveil.
C’est autour de ces 3 thématiques que mon travail se structure.

Ma démarche photographique se construit avec peu d’images. L’utilisation de la pellicule argentique et du film polaroid me redonne la mesure d’un dialogue où je me laisse interroger par l’extérieur. À distance des automatismes consommateurs du numérique, je reprends le temps et l’économie comme langage. Mes photographies ne sont pas retouchées, l’effet spécial de certaines est lié à la technique de prise de vue.

Le dessin interroge l’invisible et complète cette approche. L’utilisation de l’encre de chine, de la pierre noire, du crayon et du pastel me rattache à l’organique, à la terre. Sans possible repentir ni retour, le trait est un geste qui porte en lui une orientation. Sa direction va décider de l’avenir de l’œuvre, la faire naître ou bien l’annuler.
L’application de la chimie du polaroid sur papier constitue la base de mes dessins au crayon et au pastel.

Que ce soit en photographie et en dessin le surgissement des textures, des matières est un des points forts de ma recherche. Les unes se répondent aux autres dans les 2 techniques.
De même les mouvements se répondent. De l’extérieur vers l’intérieur pour la photographie et de l’intérieur vers l’extérieur, ces voyages permettent l’élaboration du réel.